Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Après avoir exercé avec passion la profession de chirurgien-dentiste pendant plus de 42 ans — personne n’est parfait ! — j’ai quitté le cabinet à 68 ans. J’en ai aujourd’hui 75 et, ayant été atteint très jeune par le « virus » de la photographie (pour lequel je n’ai jamais souhaité me soigner), j’ai simplement amplifié une activité que je menais déjà de front avec ma carrière médicale. Aujourd’hui, je me consacre pleinement à cet art.

La photo, c’est : un hobby, une passion ou un métier ?
Je serais tenté de dire les trois. Ce fut d’abord une passion dévorante qui ne m’a jamais quitté. Ce fut ensuite un hobby sérieux tout au long de mes années de pratique médicale. C’est désormais un métier, ne serait-ce que parce que l’URSSAF tient absolument à me déclarer comme Auteur-Photographe.
Quelles ont été les étapes importantes dans ton apprentissage de la photographie ?
Mon apprentissage s’est fait « sur le tas », loin des bancs d’écoles spécialisées. Le véritable déclic a eu lieu à 17 ans, avec l’achat de mon premier reflex. J’habitais alors à Nantes et j’ai commencé par « couvrir » les événements de Mai 68. Ce fut mon baptême du feu, là où j’ai appris à capter l’instant et l’histoire en marche.
Quels sont les photographes qui t’inspirent ?
La liste est longue et je ne serai pas original mais certains maîtres sont incontournables : Elliott Erwitt, Cartier-Bresson, Pierrot Men, Saul Leiter, Steve McCurry, Xavier Zimbardo, Sebastião Salgado ou encore Josef Koudelka.
Cependant, je ne peux passer sous silence mon amitié profonde avec Guy Le Querrec, grand photographe de l’agence Magnum. C’est un immense privilège d’être régulièrement invité chez lui, autrefois à Paris et désormais à Redon, pour l’aider à éditer et choisir ses archives. Grand honneur et grand privilège. Son regard et nos échanges sont pour moi une source d’inspiration inestimable.
Quand as-tu commencé à t’intéresser à la photographie ?
Tout s’est joué vers l’âge de 6 ou 7 ans, lors d’une sieste estivale imposée par mes parents. Dans la pénombre de la chambre, j’ai vu apparaître sur le mur blanc des « ombres chinoises » en mouvement : des passants, des arbres, des voitures, mais tout était à l’envers ! Un minuscule trou dans le volet en bois faisait office de sténopé naturel. Je suis resté fasciné par ce spectacle projeté. Je suis certain que ma passion est née ce jour précis, devant cette camera obscura improvisée.
As-tu un souvenir d’une photographie que tu souhaites partager avec nous ?
Il y en a beaucoup, mais le plus symbolique reste celui de Sonny Rollins au festival Jazz in Marciac en 2012. À l’époque, je n’avais pas d’accréditation et je photographiais en cachette depuis le public.Dorénavant, je suis devenu un des photographes accrédités et photographe officiel de ce prestigieux festival.
Sonny Rollins, déjà très âgé, jouait courbé en deux. Soudain, il s’est redressé vers le ciel comme s’il allait s’envoler. Je n’étais pas prêt, l’appareil sur les genoux : j’ai manqué l’image. Mais étant moi-même musicien, j’ai reconnu le thème musical qui l’avait ainsi transporté. J’ai parié qu’il reprendrait ce thème. Quelques minutes plus tard, j’étais prêt. J’ai déclenché au moment exact de son envol. Cette photo a changé ma vie d’artiste : elle m’a ouvert de nombreuses portes et m’a permis de remporter pour la première fois , en 2014,le prestigieux prix Jazz World Photo en République Tchèque.

Travailles-tu uniquement en numérique ou aussi en Argentique ? Peux-tu nous parler de ton matériel ?
Avant toute chose, une précision : je n’ai absolument pas l’impression de « travailler » ! C’est un plaisir de chaque instant. J’ai bien sûr commencé par l’argentique, développant et tirant mes images dans le laboratoire familial. Si j’ai succombé aux avancées technologiques du numérique dès ses débuts, je pratique encore l’argentique avec un véritable joyau : un Leica M6 J, série limitée à 1 600 exemplaires, déniché chez un collectionneur allemand dans un état neuf.
Côté numérique, après un passage chez Canon puis Nikon — dont je garde un vieux D4 increvable avec plus de 500 000 déclenchements — je suis aujourd’hui fidèle à Fujifilm. Pour des raisons de poids évidentes, j’utilise un XT5 avec trois optiques précises : un 16-80mm f/4, un 50-140mm f/2.8 et un 100-400mm.
Peux-tu nous parler de ta démarche photographique sur ta série sur le Jazz et sur l’Inde ?
Toutes mes séries reposent sur ce qu’Henri Cartier-Bresson appelait « l’instant décisif ». En concert de jazz, je refuse la rafale. Je déclenche peu. Si la technique de nos boîtiers modernes rend la plupart des clichés « corrects », rares sont ceux (un, deux, voire trois par session) qui sortent du lot à mes yeux. Ce sont ceux qui capturent l’émotion pure du musicien ou qui sont capables d’en susciter une chez le spectateur. Parfois, je rentre même bredouille ! Louis Armstrong disait : « Ce que nous jouons, c’est la vie ». J’essaie, modestement, d’illustrer cette vérité.
Quant à l’Inde, un pays où je me suis rendu 36 fois et où j’ai exercé bénévolement la chirurgie dentaire, ma quête est celle de la lumière. Je m’attache à montrer la beauté partout où elle se niche, même dans les lieux les plus sombres ou les plus sordides. Un geste, un regard, un pan de sari qui ondule… Je suis convaincu que la beauté est une planche de salut. Comme l’écrivait René Char :
« Dans notre monde de ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. »

As-tu des projets ou des idées photographiques pour 2027
Après une année sabbatique consacrée à accompagner ma maman jusqu’à son dernier souffle, je souhaite reprendre le cours de mes voyages. Mon ambition est de continuer à couvrir les grands festivals — Montreux, Vienne, Marciac — sans négliger les scènes plus intimistes. Enfin, on me presse depuis des années de publier un livre… je procrastine encore, mais l’idée fait son chemin.
Le mot de la fin ?
Je ferai mienne cette pensée de Cartier-Bresson que je m’efforce modestement de mettre en pratique chaque jour :
« Photographier, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. »
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