Un invité exceptionnel en ce mois de Mars, Jalal Al-Mamo, photojournaliste syrien, découvrez l’homme et son travail photographique.

 

Jalal Al-Mamo, photojournaliste

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Jalal Al-Mamo et je vis en France depuis deux ans : le conflit en Syrie m’a obligé à quitter ma ville natale, Alep. Cependant, dès le début de la révolution – car c’était bien une révolution avant de se transformer en guerre civile – et jusqu’à mon départ en France, j’ai pris chaque jour des photos de la réalité syrienne et de l’opposition entre le gouvernement, Daesh et les révolutionnaires. De 2011 à 2013, mes photos allaient majoritairement à Aleppo Media Center mais également auprès de l’agence de presse syrienne Shaam sous le patronyme Jalal Al-Halabi pour plus de sécurité. Il était en effet très dangereux de travailler sous mon propre nom car mon quartier était occupé par l’armée de Bachar El-Hassad.

En 2013, je me suis devenu fixeur auprès de photographes européens mais également auprès de Muzaffar Salman qui travaillait avec Reuters et qui m’a permis de devenir photographe freelance auprès de cette agence internationale. Mes photos ont été publiées au sein de médias internationaux : Le Point, Le Monde, New York Time, Washington Post, Aljazeera, etc …  J’ai participé également à la création du webmagazine Focus Aleppo et continue à y publier des articles. 

De concert avec les photos, j’ai également commencé à filmer Alep et débuté la réalisation de documentaire.

 

La photo c’est : un hobby, une passion ou un métier ?

La photo m’a permis de servir une cause : la liberté. En effet, la révolution syrienne est née de ce besoin, d’avoir plus de droits et de liberté. Mon appareil photo était mon arme, me permettant de montrer quelle était la réalité durant le conflit et ce en quoi nous avons cru (et croyons encore). 

 

Quelles ont été les étapes importantes dans ton apprentissage de la photographie ?

J’ai commencé à toucher à la photo avec un de mes amis, Mohamed Lababidi qui avait un studio avant la révolution. Il m’a initié à différentes techniques et il s’est avéré que je me suis rapidement senti à l’aise. Mais celui qui m’a professionnalisé c’est Muzaffar Salman : on a approfondi la technique car en temps de guerre, tu ne peux pas prendre le temps de réfléchir à des réglages, ça doit être devenir intuitif, surtout quand ta vie est en jeu. Et c’est son enseignement qui m’a permis d’être rapidement repéré par Reuters.

 

alep - Jalal Al-Mamo, photojournaliste

© Jalal Al-Mamo

 

Qui sont les photographes qui t’inspirent ?

Muzaffar Salman, évidemment ! Syrien lui aussi mais de Homs, et également mon ami. 

 

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la photographie ?

En 2011, lorsque la révolution a débuté en Syrie. Elle avait d’attrayant le fait que je puisse participer à la lutte sans devoir prendre une arme, alors que son pouvoir est tout aussi puissant si ce n’est plus. 

 

As-tu un souvenir d’une photographie que tu souhaites partager avec nous ?

Régulièrement, j’allais à la frontière pour aller chercher un des mes amis, Orwa, qui avait trouvé refuge en Turquie, mais qui avait besoin pour son travail de revenir souvent à Alep. Une nuit, il m’a appelé pour aller le chercher le lendemain. Je suis parti à 9h d’Alep et ne suis revenu avec lui qu’à 14h, découvrant qu’entretemps une bombe avait explosé dans ma rue, détruisant une partie de mon immeuble et tuant plusieurs personnes. Qui sait ce qui me serait advenu si je n’étais allé récupérer Orwa … 

 

Jalal Al-Mamo, photojournaliste

© Jalal Al-Mamo

 

Travailles-tu uniquement en numérique ou aussi en argentique ? Peux-tu nous parler de ton matériel ?

Uniquement en numérique. J’utilise un Canon EOS 1D Mark 4, un Canon 70D avec un 16-35mm pour le quotidien, un 70-200mm pour les photos les plus dangereuses à prendre. Enfin un 60mm pour faire des vidéos. 

 

As-tu des projets ou des idées pour 2018 ?

Actuellement, je travaille sur la production d’un documentaire que j’ai tourné moi-même à Alep, parlant de la vie quotidienne là-bas durant le conflit.

 

alep - Jalal Al-Mamo, photojournaliste

© Jalal Al-Mamo

 

Le mot de la fin

Merci pour cette interview ! J’espère pouvoir un jour retourner en Syrie et vous partager des photos de ce pays magnifique …

 

Ton lien Internet

Site web http://pictures.reuters.com

 

Merci à Jalal Al-Mamo de nous avoir accordé de son temps pour cet interview !

 

alep - Jalal Al-Mamo, photojournaliste

© Jalal Al-Mamo